revue PERCEPTIONS - No. 01 - LE SENS

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Le jardin planétaire

Laurie Pelletier

Laurie Pelletier est étudiante en architecture de paysage. Elle s’intéresse grandement aux aspects artistique et écologique présents dans les aménagements ainsi qu’à la manière dont ils interagissent entre eux. Ayant suivi une formation en arts visuels, Laurie porte une attention toute particulière aux qualités sensibles et expérientielles des projets qu’elle explore. Selon elle, le mariage des arts et de l’environnement relèvent de l’architecture de paysage, où il prend tout son sens.

Lorsqu’on pense à un jardin, rapidement nous vient en tête une image de végétaux alignés et soigneusement choisis selon leurs couleurs, leurs fleurs et leur forme. Nous pouvons également nous imaginer un espace d’où se dégage une expérience sensible et relativement intime, dans un environnement naturel recherché. Au fil des époques, notre relation avec la nature a considérablement évolué, passant de la symbiose, la crainte et la curiosité pour aboutir à la connaissance, l’artificialisation et le contrôle. Nos jardins sont devenus des lieux de découverte et de démonstration, notre perception de l’esthétique paysagère s’y rattache depuis des siècles.

 

Gilles Clément, jardinier, paysagiste, botaniste, biologiste et écrivain, a su développer un sens qui guide ses actions et ses réalisations à la défense de ses convictions dans sa pratique professionnelle. Sa curiosité et ses connaissances l’ont mené à cultiver un savoir-faire impliquant une toute autre perception des jardins européens. Auteur de plusieurs concepts qui ont grandement marqué la pratique en architecture de paysage, il explore de façon remarquable le mouvement et l’évolution des éléments qui composent le paysage et qui sont en relation directe avec l’humanité.

 

Le jardin planétaire élaboré par Gilles Clément est une scénarisation de son roman intitulé Thomas et le voyageur. Cette exposition du jardin planétaire a eu lieu dans la Grande Halle de la Villette, en France, lors des festivités de l’an 2000. Durant une année entière, celle-ci a permis aux visiteurs de saisir le message véhiculé par le paysagiste à travers des expériences atypiques au sein de jardins qui leur étaient familiers. 

Cet espace aménagé se voulait représentatif de la relation entre l’être humain et la nature, et mettait de l’avant les enjeux entourant la protection de l’environnement.

 

« Ensemble nous ferons quelques pas dans le jardin, le grand jardin. Sans limites. Celui que j’aime et qui m’habite, je vous montrerai : il couvre toute la terre et s’insinue jusque dans le cœur des hommes. » (Thomas le voyageur p. 191)

 

C’est un jardin qui « résume le monde », qui montre ses qualités symbiotiques, dans le but de présenter aux visiteurs une nouvelle façon d’interagir avec  l’environnement.

 

La reconstitution de nombreux écosystèmes présents dans différents climats à travers le monde dévoile d’autres sensibilités et fragilités. Végétaux, animaux et insectes  sont disposés de façon originale et permettent une expérience de jardinage où l’apprentissage de l’exploitation d’un jardin sans le détruire est valorisé. La création de Gilles Clément vulgarise, par les installations « naturelles » du jardin, les fondements de la diversité, pour rappeler les raisons de notre existence et les bonnes pratiques à préconiser pour assurer la pérennité de notre monde.

 

Il explique notamment plusieurs phénomènes qui se sont produits dans le passé et que nous n’avons pas su traiter durablement et soucieusement, par ignorance. Par exemple, la dérive des continents a créé naturellement la rareté, mais celle-ci est aujourd’hui remaniée par l’humain en raison de la facilité d’accès au transport intercontinental. Ou encore les manipulations génétiques, qui représentent aujourd’hui une grande menace pour la biodiversité.

 

Le jardin planétaire représente les limites de l’enclos, qui ne sont plus celles que nous connaissons des jardins construits, mais plutôt celles de la biosphère, du monde dans lequel nous vivons. Nous pouvons, par ce fait même, déduire qu’en tant qu’êtres vivants et passagers de la Terre, nous devons assumer le rôle de jardinier puisque nous sommes tous impliqués dans ce grand jardin terrestre. Conscient de cette responsabilité commune, le jardinage planétaire encourage des manipulations respectueuses et intelligentes des ressources, pour une économie d’énergie et un meilleur rendement.

 

Réconcilier la nature et l’être humain est l’essence de ce projet, qui tente de redonner un sens au jardin, de susciter un nouveau regard et de nouvelles relations avec ce dernier. C’est un travail d’action et d’organisation écologique, qui débute par la prise de conscience. Voici le grand projet de Gilles Clément, qui a définitivement trouvé un sens à sa carrière.