revue PERCEPTIONS - No. 01 - LE SENS

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L'urbaniste-médiateur: un rôle à développer?

François Vanier

Après avoir complété un baccalauréat et une maîtrise en philosophie et des études en traduction, François Vanier a travaillé pendant plusieurs années dans le milieu de la traduction. C’est en voyageant au Québec et ailleurs ainsi qu’en faisant de nombreuses recherches qu’il développe une passion, pour ne pas dire une obsession, pour l’aménagement du territoire. Ses intérêts principaux portent sur les centres-villes et les centralités, la mise en valeur du patrimoine, les équipements récréotouristiques et culturels, le développement régional, le verdissement et la mise en relation des écosystèmes. François Vanier est actuellement candidat à la maîtrise en urbanisme à l’Université de Montréal, et songe à poursuivre ses études au niveau supérieur.

À plusieurs égards, la pratique de l’urbanisme repose sur la médiation. En effet, les OBNL et les firmes d’urbanisme mettent en évidence le rôle de médiateur joué par l’urbaniste, qui doit composer avec les intérêts souvent divergents des acteurs et des parties prenantes.

 

Ce texte est une réflexion schématique sur le type de médiation que les urbanistes pourraient être appelés à pratiquer davantage dans le futur. L’hypothèse avancée est que la planification et l’opérationnalisation des projets urbains bénéficieraient d’une meilleure concertation des acteurs en présence, ce qu’une médiation bien déployée peut faciliter. De plus, l’urbanisme étant encore à la recherche d’une reconnaissance professionnelle et sociale, nous pouvons penser que l’utilité présumée d’un urbanisme de type médiateur pourrait aider à cet égard.

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La médiation en urbanisme

 

Qu’est-ce que la médiation?

Le Larousse propose les définitions suivantes : « Entremise, intervention destinée à amener un accord. Fait de servir d’intermédiaire, en particulier dans la communication. »[1] La médiation est notamment utilisée comme mode de règlement des litiges, par exemple lors d’un divorce, et comme méthode pour régler des conflits en milieu de travail. Dans les deux situations, une personne est mandatée pour aider les parties en cause à trouver une solution au désaccord qui les oppose. Bien que le contexte de la pratique urbanistique diffère à certains égards, nous croyons le concept de la médiation pertinent pour l’éclairer de deux manières.

Médiation des intérêts

 

Un premier processus de médiation concerne les différents acteurs et parties prenantes urbains, dont les intérêts et les objectifs en matière d’aménagement de la ville ne sont pas toujours convergents. Qu'il s’agisse des élus, des citoyens, des promoteurs, des groupes de pression ou des organismes à but non lucratif, l’hétérogénéité des intentions qui les animent constitue un défi lorsqu’un projet urbain est proposé et qu’il s’agit de forger un consensus.

C’est dans un tel contexte que l’urbaniste peut intervenir à titre de médiateur entre ces voix divergentes. En effet, sa compréhension systémique des enjeux et des problématiques urbains lui permet d’articuler la diversité des demandes exprimées et de faciliter l’établissement d’un dialogue constructif. Cette posture épistémologique permet à l’urbaniste de prendre en compte les commentaires et les critiques soulevés, puis de proposer un projet qui satisfasse, autant que faire se peut, le plus grand nombre d’acteurs et de parties prenantes impliqués.

Médiation des expertises

Une deuxième forme de médiation s'exerce sur les multiples expertises devant collaborer à l’élaboration et à la mise en oeuvre des projets d’aménagement du territoire. De nombreux professionnels y participent à différents degrés, notamment les ingénieurs, les architectes, les économistes, les sociologues et les gestionnaires de projet oeuvrant au sein de services d’urbanisme, d’organismes gouvernementaux et d'entreprises privées.

Ces professionnels se distinguent par leurs langages, leurs méthodes, leurs expériences et leurs perspectives sur la ville, et le défi de l’urbaniste consiste à les intégrer dans un cadre de référence unique. Encore une fois, c’est sa vision holistique des processus urbains qui lui permettra de les inclure dans une démarche concertée.

 

Qualités et compétences du médiateur

 

Pour bien remplir ce rôle de médiateur, l’urbaniste doit réunir certaines qualités et compétences spécifiques. Nous en avons identifiées quatre principales, soit l’interdisciplinarité, la communication, le leadership et la négociation, bien que cette liste ne soit pas exhaustive.

Interdisciplinarité

L’urbaniste-médiateur doit d’abord être curieux et s’intéresser à la diversité des prismes par lesquels on appréhende la ville. Celui-ci doit idéalement posséder une formation dans plusieurs domaines, à tout le moins s'efforcer d’élargir ses horizons intellectuels. Il est donc de nature plus généraliste et navigue avec une certaine aisance parmi ceux qui interviennent sur le cadre urbain.

Communication

Le médiateur doit faire preuve d’une écoute active, pour bien saisir les préoccupations respectives des acteurs et des parties prenantes. Bon communicateur, il sait encadrer et orienter efficacement les discussions de façon à les faire progresser vers l'énoncé d'une solution commune.

Négociation

 

Il doit également faire comprendre aux principaux acteurs qu’ils ne peuvent rester campés sur leurs positions de départ, et qu’ils doivent faire des compromis pour qu’une solution commune puisse voir le jour. C’est également au médiateur que revient la nécessité de faire comprendre la valeur d’une solution négociée.

Leadership

Finalement, il sait rallier les personnes impliquées dans un projet urbain, surtout si elles sont dans des rapports antagonistes, ce qui est parfois le cas lorsque le projet soulève les passions. Le leader parvient à se faire accepter comme un acteur crédible, intègre et capable de porter le projet plus loin.

 

Utilité de la médiation

 

La médiation des projets urbains peut être utile au moins de trois façons : par l’acceptabilité sociale qu’elle procure, par la richesse des perspectives dont elle facilite l’expression, et en renforçant la démocratie participative.

Acceptabilité sociale

Lorsqu’un projet a le potentiel de susciter de vives réactions chez certains groupes, il convient de les solliciter en amont, de les écouter et de moduler le projet en conséquence. Un tel processus permet d’améliorer son acceptabilité sociale et d’éviter qu’il ne soit compromis.

 

Richesse des perspectives

 

De par le dialogue qu’elle établit, la médiation a également le potentiel de libérer l’expression de perspectives diverses et, ce faisant, d’enrichir les projets urbains de points de vue inédits. Le médiateur agit ici comme un vecteur par lequel les points de vue sont intégrés et bonifient les projets.

Renforcement de la démocratie participative

Finalement, dans un contexte où les sociétés démocratiques cherchent à susciter la participation citoyenne et à consolider la prise de pouvoir sur le terrain, la médiation représente une avenue porteuse. 

 

Conclusion

 

Autres rôles de l’urbaniste?

Ce texte présente l’urbaniste comme un médiateur, mais il ne s’agit pas pour autant du seul rôle qu’il peut jouer. L’urbaniste est également un expert pour tout ce qui concerne l’aménagement et la planification du territoire. À noter qu’il serait intéressant d’explorer la relation complexe qu’entretiennent ces deux rôles.

 

Une approche longue et coûteuse?

On pourrait rétorquer qu’une approche sys[2]tématique de la médiation serait longue et coûteuse, que les consultations et les discussions nécessaires pour la réaliser viendrait compromettre les capacités financières des commanditaires. À ceci nous répondons que l’absence de médiation peut faire compromettre des projets polarisants, prolonger les délais de planification et de mise en oeuvre — autant de situations qui entraînent des coûts en temps et en argent.

Où est la nouveauté?

Bien que des urbanistes organisent déjà des consultations publiques et agissent en tant que médiateurs face aux intérêts souvent divergents des élus, des promoteurs et des citoyens, ce texte vise avant tout à proposer un concept capable d’unifier ces pratiques et de faire prendre conscience de leur utilité. S’il peut susciter quelques réflexions à cet égard, il aura rempli son mandat.

 

 

[1] https://www.larousse.fr/encyclopedie/rechercher?q=m%C3%A9diation